Emmenez-le où bon vous semble, faites-en ce que vous voulez, je n’en peux plus !

Allezle où bon vous semble, faitesen ce que vous voulez, je nen peux plus!
Cest ce que mon collègue, Pierre, marmonnait au téléphone pendant ma pause du service. Intrigué, je lui ai demandé de quoi il parlait. Il a lancé quil devait se débarrasser dun chien, un berger allemand.

Pourquoi? aije demandé.

Parce quil ne sert à rien, a haussé les épaules Pierre. La nuit il hurle, il se décroche de la laisse, il perd des poils comme une tempête, la cour devient une mare, et il ne garde même pas la maison.

Jai eu pitié du toutou. Jai appelé mon père, Jacques, pour savoir sil voulait un chien pour garder le petit domaine à la campagne. Un jour plus tard, il a rappelé : «Tu peux le prendre, mon fils.»

Le grand jour est arrivé. On a chargé la voiture, jai même mis un bandage au cas où il faudrait boucher la gueule de la « bête sauvage».

À notre arrivée, Pierre nous attendait avec le chien, tout émacié, le poil en bataille, des plaies sanglantes à la tête et un coussinet déchiré. Ses yeux étaient si tristes quon aurait cru quil allait pleurer.

Il a sauté dans la voiture sans la moindre agressivité, suivi du mari de ma sœur Claire, qui sest installé derrière lui. Tout le trajet, le toutou est resté allongé, tranquille.

Chez nous, on a dabord acheté un collier, une laisse et un bon bain. Ma mère, Marie, et ma sœur, qui observaient derrière la porte, croyaient que nous ramissions un monstre.

Pendant que nous roulions, Marie préparait une bouillie de viande. Elle a donné au chien un morceau de pain pour tester. Le voir engloutir ce petit morceau comme si cétait le dernier repas du monde était à la fois douloureux et hilarant.

Un berger allemand pèse normalement 35kg, mais il nen faisait plus que 20. Dès que le bol deau a été posé, il la vidé dun trait et sest installé à lendroit indiqué.

Un moment plus tard, Marie a repris le bol pour le rincer, le tenant derrière le dos. Soudain, elle a senti quelque chose le retirer discrètement. Cétait César, comme il sappelle maintenant. Il a attrapé le bol avec les dents, la remis à sa place et sest allongé à côté, comme pour dire: «Cest à moi, je veille.»

On nenvisageait pas de garder un mâle de cinq ans en appartement, pensant que Marie dirait non. Mais son cœur a craqué, et plus personne na pu refuser ce chien si dévoué.

Après le bain et le brossage, César a été métamorphosé. Le lendemain, je lai emmené chez le vétérinaire. On nous a expliqué comment soigner les plaies, jai acheté les médicaments et, en deux semaines, jai fait toutes les vaccinations. Je nai pas blâmé les anciens maîtres; qui sait, peutêtre quil fuyait vraiment et se blessait en chemin.

Quand il a été complètement guéri, nous avons commencé le dressage. En été, mes parents lamenaient à la maison de campagne: il était alors le vrai gardien, aucun intrus nosait sapprocher de la clôture. Et avec ses 40kg de muscles, qui oserait le contester?

Huit ans se sont écoulés depuis. César a subi deux interventions: dabord une hernie inguinale, puis des complications postopératoires. Ses articulations sont usées, il a de larthrose, mais on le soigne, le chouchoute, on le garde au chaud. Aujourdhui, cest un vieux bonhomme. Jacques lappelle affectueusement «fiston», et Marie le gâte comme un enfant.

Je ne comprends pas comment on aurait pu ne pas aimer ce chien et le laisser partir. Il incarne une fidélité et une tendresse infinies. Oui, prendre soin dun animal demande de lénergie, mais désormais aucun de nous ne peut imaginer la maison sans lui. Quand le père nest pas là ou que quelquun part en voyage, César se morfond, ne mange plus, attend patiemment.

Quelques années après larrivée de César, notre chat, qui avait vécu plus de dixhuit ans avec nous, est décédé. Le destin a alors mis un petit matou des locataires du même immeuble dans nos bras. Les voisins le nourrissaient, mais en novembre, je ne pouvais plus le laisser dehors. Aujourdhui, ce petit visage rusé et audacieux, nommé Éva, vit avec nous.

Les amis, soyez plus doux avec les animaux. Ils ressentent tout: la douleur, lamour. Il suffit simplement de choisir lamour.

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